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La cherté de la vie au Faso est réelle, mais d'autre dirons que c'est un phénomène multifactoriel avec des problèmes structurels et de plus en plus conjoncturels, du fait des changements des systèmes de production et de consommation. Dans cette semaine, son Excellence Monsieur Appolinaire Joachimson KYELEM de Tambéla a dit le contraire
Sur le plan structurel, nous sommes aujourd'hui plus une société de consommation que de production des biens et vitaux.
Tout le monde crie à la vie chère. L’eau est chère, le carburant est chère l’électricité est chère, le riz est cher, le maïs est cher, …Pour tout dire, tout est cher.
Et cette situation dure depuis maintenant assez longtemps. Presque tout le monde s’en plaint. Des marches et des remarches, des meetings et des sit-in ont été organisés pour dénoncer le phénomène.
Malheureusement, comme dirait l’autre, la vie chère a la peau dure. On a même l’impression que plus on marche contre elle, plus elle se développe, prend de l’ampleur et atteint le plus de monde.
Il serait ici superflu de revenir sur les causes et de façon exhaustive de ce phénomène qui n’est pas nouveau.
Mais tout de même, on peut entre autres retenir que la vie chère tire ses origines de l’augmentation des prix des produits de grande consommation.
L’augmentation des prix qui découle d’une conjoncture internationale à laquelle nos économies locales ne peuvent faire face.
En effet, des pays comme le nôtre dépendent en grande partie des économies d’autres pays. Quand le prix du baril de pétrole monte à New York, le Burkina le ressent automatiquement parce que la grande partie de nos productions sont faites à partir de l’énergie produite à partir de ce pétrole-là.
Pour exemple, la productrice de tomates et de choux de Banakélédaga voit tout de suite le prix de transport de son produit augmenter.
Auparavant, elle a dû utiliser plus de carburant pour tirer l’eau du bas-fond afin d’arroser son périmètre.Peut-on demander à une telle productrice qui elle aussi tire son revenu de la production et de la vente de ces tomates et choux de diminuer les prix de vente alors qu’elle produit plus cher ?
Il est en de même du pauvre éleveur qui a investi beaucoup plus dans l’aliment bétail pour nourrir ses animaux à qui on demande de vendre sa vache au même prix qu’il y a cinq ans.
Face à une telle situation qui touche à tout le monde et tous les produits, que devrons nous, dans la mesure où nos revenus n’augmentent pas au même rythme que les prix des produits ?
Un exemple banal qui doit guider notre comportement. A supposer qu’en 2000 j’avais à ma charge mon épouse, deux enfants et moi et que notre revenu familial mensuel était de 100 000 F CFA par mois.
En 2023, alors que le revenu familial mensuel est seulement de 125 000 F CFA et que de 2010 à 2023, le nombre des membres de la famille a augmenté de 3 ou 4 (naissance de deux enfants et arrivée d’enfants de la famille élargie), il va sans dire que le revenu ne supportera plus nos besoins.
Ce qui va nous amener à consommer moins (en quantité et en qualité surtout). Par contre, si entre 2010 et 2023, nous avons réussi, mon épouse et moi à limiter nos charges familiales et à augmenter le revenu familial mensuel, même si notre niveau de vie sera affecté, nous ressentirons moins les effets de la vie chère.
C’est dire que la lutte contre la vie chère commence effectivement par la maitrise au plan national des prix des produits de première nécessité, mais également par le comportement de chaque cellule familiale.
C’est pourquoi, la lutte contre la vie chère doit se poser comme un combat d’abord familial. Autrement chaque famille doit se trouver les moyens de lutter contre « sa vie chère » en prenant très tôt les mesures qui s’imposent.
Il n’est pas superflu de dire que la planification familiale et des revenus constitue un élément important de cette lutte. Certains trouveront que c’est une vue de l’esprit. Mais tout porte à croire que face à une situation aussi généralisée qui ne dépend de personne, il faut naturellement que chacun prenne ses responsabilités. Tout le reste ne viendra qu’accompagner nos efforts.
Selon notre réflexion, ce n’est pas en rationalisant nos dépenses ou en mettant une croix sur la solidarité familiale que l’on parviendra a juguler l’impact de la vie chère.
Il faut une politique réelle de création des richesses et une indexation régulière des salaires et revenus par rapport à l’augmentation des prix.
Si on augmente les salaires tous les 5 ans de 2 à 5 pour cent, alors que les prix ont grimpé de 10 à 15 pour cent voire plus chaque année, il va de soit que même en assassinant les enfants déjà nés on ne s’en sorte pas. La vie chère est réelle au Faso.
Même si la vie n’était pas chère, le foyer aurait du mal à s’en sortir. Car ayant visiblement plus de charge que son revenu ne peut supporter, toute chose égale par ailleurs.
Plus prosaïquement, la vie chère ici, c’est le fait qu’un jeune célibataire sans enfant salarié avec 125 000 CFA par mois ne peut même plus espérer le niveau de bien être qu’avait votre foyer avec 4 personnes et un revenu de 100 000 en 2015.
Par conséquent, toute solution viable à ce fléau doit conjuguer nécessairement deux facteurs : amélioration sensible et continue du revenu des ménages d’une part, et stabilisation des prix d’autre part.
Il faut un relatif équilibre entre ces deux facteurs. Je pense que notre confrère de l’Obs a écrit sur le même sujet et a fait une meilleure lecture .
Arrêtez de vouloir rendre la population responsable de la vie chère alors qu’elle n’a aucune maitrise sur elle.
Par contre les dirigeants,eux peuvent répondre de cette responsabilité.
Ils font des choix politiques et si ces choix sont inefficaces et inopérants contre la vie chère, on ne peut tenter de les exonérer par une mise à l’index des ménages.
Notre dialectique a une force de conviction d’autant plus faible que sous nos cieux, on peut ne pas avoir fait d’enfant du tout et en avoir in fine toute une escouade à sa charge par la force des choses.
La logique voudrait tout simplement que l’on abandonne cette valeur cardinale, qu’est la solidarité agissante, avec pour conséquence une plus grande misère autour de soi, juste pour le besoin de conserver son pouvoir d’achat en raison de la vie chère. A quand la fin de tout ça?
Intégration BF